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NOAH EDZIMBI François Xavier,

Ph.D en Science Politique

option Relations Internationales et Études stratégiques,

Université de Douala

xnoah05@gmail.com

Résumé :

Les infrastructures sont à l’économie ce que la colonne vertébrale est au corps humain. La colonne vertébrale donne un point d’ancrage et d’appui à différentes parties du corps et rend possible les fonctions motrices. De même, les infrastructures efficaces relient les différents secteurs économiques, donnent de la cohérence au système de production, réduisent les écarts d’opportunités entre les villes et les campagnes et permettent une meilleure distribution des richesses entre les différentes strates de la société. Lorsqu’on aborde la problématique du financement du développement au Cameroun, loin des salons feutrés des institutions financières et des débats entre experts, les populations sont unanimes : le pays n’est pas pauvre et a les moyens de financer son propre développement mais les leaders/décideurs politiques semblent ne pas le savoir. Dans une vision d’aide à la décision, cet article démontre que retenir et mobiliser les ressources domestiques multiformes et multisectorielles peut générer plus d’avantages économiques et politiques que le recours à l’aide publique au développement (APD). Ces sources endogènes, si elles sont utilisées de manière adéquate, ont plus d’efficacité à long terme que les flux financiers extérieurs, souvent spéculatifs et/ou risqués pour la stabilité sociopolitique et économique des pays en développement.

Mots clés : Développement, financement, infrastructures, aide publique au développement, Cameroun

Abstract :

Infrastructure is to economics what the spine is to the human body. It provides an anchor and support for different parts and makes motor functions possible. Efficient infrastructure links various economic sectors, give coherence to production system, reduce opportunity gaps between cities and countryside and allows better distribution in society. In a decision support vision, this article shows  that retaining and mobilizing multifaceted and local resources can generate more economic and political benefits than recourse to external resources. These endogenous resources are more effective in the long term than external financial flows, often speculative and/or risky for socio-political and economic stability of developing countries such as Cameroon.

Key words : Development, infrastructure, public development aid, Cameroon

Introduction

Les défis de développement actuels nécessitent une certaine collaboration entre acteurs afin d’atteindre des objectifs et être performants. Les besoins en infrastructures et services publics, de même que les contraintes des finances publiques, amènent la plupart des gouvernements à trouver de nouveaux mécanismes et modes pour financement[1]. Les infrastructures jouent un rôle capital dans la croissance, la compétitivité, la création d’emplois et la lutte contre la pauvreté. Par infrastructures, il faut entendre les moyens matériels lourds nécessaires à l’activité sociale, économique, politique, scientifique, etc.[2] Elles contribuent à faciliter l’activité de l’homme, et réduisent les coûts des diverses opérations économiques et améliorent la qualité de ces opérations, d’où leur rôle fondamental dans la transformation économique. Les infrastructures modernes sont nécessaires pour l’aménagement du territoire et pour réaliser les objectifs d’intégrations nationale et régionale. Cependant, les infrastructures de base demeurent un défi en Afrique. La faible présence de celles-ci y est notoire et entrave sa capacité à faire face à la compétition mondiale[3]. Le Cameroun est inscrit dans la vision 2035 d’un « Cameroun émergent » qui se décline dans tous les secteurs d’activités. Pour le gouvernement camerounais, les infrastructures économiques de base sont un prérequis pour le développement, en ce sens qu’elles soutiennent la productivité et entretiennent la croissance et la création de richesses, et le constat est unanime que les pays qui réussissent à augmenter leurs stocks d’infrastructures, tout en améliorant la qualité de ces dernières, connaissent une croissance plus rapide, plus durable et plus inclusive[4]. Toutefois, l’un des obstacles structurels à la croissance dudit pays est le faible niveau de l’investissement endogène. Alors que la doctrine libérale actuelle met l’accent sur l’investissement privé, notamment étranger, les expériences sur le terrain font remonter la réalité selon laquelle la baisse des investissements publics, la faible mobilisation des ressources domestiques d’une part, et d’autre part, celles des privés nationaux constituent une contrainte pour le financement des économies locales[5]. Jusqu’ici, les stratégies de financement du développement mettent l’accent sur les aides publiques, la dette multilatérale ou bilatérale, ou l’investissement direct étranger (IDE), ce qui limite l’autonomie de l’État. Dans une visée d’aide à la décision et de renforcement d’une gestion axée sur les résultats (GAR), l’analyse s’appesantit premièrement sur la raison d’un retard développemental camerounais (I), et, secondement, souligne l’intérêt de saisir les possibilités inexploitées que sont les sources domestiques dans le financement de ses projets de développement (II).

  • La raison d’un retard dans le processus de développement

Pour que les aspirations de développement du Cameroun se concrétisent, la politique de défense et de sécurité (PDS) doit être la boussole qui oriente les projets, inspire et valorise la mise en place d’infrastructures matérielles et immatérielles. Malheureusement, la non-existence de cette politique publique (A) entraine une sous-traitance du développement par des acteurs étrangers (B).

  • L’absence de politique de défense et de sécurité camerounais (PDSC) comme entrave à une vision et une orientation économiques appropriées

Une PDS est le résultat d’une réflexion profonde, portée par la volonté d’assurer, de la manière la plus indépendante possible, et à travers une approche globale qui mobilise des actions militaires, civiles et économiques, la sécurité d’un État[6]. L’idée de « réflexion profonde » renvoie à la dimension stratégique qui porte sur l’analyse du contexte géostratégique et la définition de l’ambition nationale du pays au sein de l’environnement international. C’est le niveau « auquel un État, ou un groupe d’États, fixe des objectifs de sécurité à l’échelon national ou multinational et déploie des ressources nationales, civiles, économiques et notamment militaires, pour les atteindre[7] ». Les objectifs stratégiques concernent la sécurité tant intérieure qu’extérieure du pays, et se définissent au regard des risques et des menaces mis à jour en amont par le diagnostic stratégique qui pourraient peser sur ses intérêts fondamentaux[8]. Or, au Cameroun, le concept d’intérêt national[9] n’est pas concrètement défini. L’indépendance juridique du pays n’a pas entraîné son émancipation[10] politique et stratégique, comme le démontre l’importante marge de manœuvre que les autorités politiques et gouvernementales concèdent à des partenaires étrangers dans la définition, voire la mise en application de ses politiques aussi bien intérieure qu’extérieure. Ainsi, la défense populaire qui suggère la contribution des populations à la défense par leur apport au renseignement, et présentée comme une politique de défense et de sécurité du pays, n’est qu’une des composantes de la défense civile qui, avec la défense militaire et la défense économique[11], est une des trois (03) modalités d’une politique de défense et de sécurité.

La défense économique est l’ensemble des voies et moyens que l’État met en place pour prévenir, protéger et défendre les activités qui ont une importance vitale, voire stratégique pour sa défense et sa sécurité. Ce sont des activités liées à un ou des établissements, ouvrages, installations dont le dommage, l’indisponibilité, la destruction par suite d’un acte de malveillance, de sabotage ou de terrorisme risquent directement ou indirectement d’obérer gravement le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de la survie de la nation[12]. La signature et ratification des Accords de Partenariats Économiques (APE) entre le Cameroun et l’Union Européenne, le 22 juillet 2014, expriment la difficulté qu’ont les autorités camerounaises à cerner des enjeux économiques qui structurent les relations internationales à l’ère post guerre froide. En effet, la compétitivité escomptée à travers les APE, telle que l’affirme le ministre délégué des finances Yaouba Abdoulaye[13], s’obtient par une vigoureuse politique industrielle nationale et non à partir des accords économiques avec les partenaires étrangers. Une politique économique nationale débute par le désir de puissance qui habite un État, et les moyens politique et stratégique qu’il se donne pour la construction d’un tissu industriel compétitif, qu’il soit économique, militaire ou civil. Par la suite, l’appropriation des savoirs et des technologies scientifiques étrangers, pour le renforcement du patrimoine culturel et intellectuel ou cognitif de l’État est un impératif pour plus de compétitivité. La place de la Recherche-Développement (R&D) est vitale pour consolider l’ensemble du tissu industriel. Enfin, l’établissement d’un cadre juridique, pour la protection dudit patrimoine, est nécessaire. Il se dégage ainsi de l’explication du ministre que le Cameroun, contrairement à ce qu’enseigne la stratégie, n’a pas évalué avec précision et avant la conclusion de l’APE, l’asymétrie de la compétition économique et industrielle. Cette structuration de la politique économique a corrélativement une incidence, celle d’un financement extraverti du développement.

  • Une forte dépendance étrangère au financement comme entrave au développement du Cameroun

Nombreux sont les projets d’émergence que les pays de la région centrale de l’Afrique ont adopté, avec pour ambitions la transformation globale des structures économiques et l’amélioration significative des conditions d’existence des populations. Il s’agit de : « Vision 2020 » pour la Guinée équatoriale ; « Vision 2025 » pour le Gabon, le Congo ou encore « Vision 2035 » pour le Cameroun. Après une imprégnation desdites visions, le constat d’une implémentation majoritaire sur l’aide extérieure se dégage. Pour cause, l’assimilé africain dit « évolué » s’étant vu interdire le patriotisme local mais inoculé l’amour de la patrie commune et le culte de l’empire par l’ancienne puissance tutrice qu’est la France[14], ne dispose pas d’une culture stratégique[15] qui lui permette d’avoir une vision propre du développement. Dès lors, le défi du financement des infrastructures étant important au regard de l’ampleur du déficit de l’économie, mais aussi eu égard au coût onéreux des matériaux et aux technologies nécessaires à la réalisation des projets conçus, le regard des dirigeants camerounais se tourne majoritairement vers l’étranger. Certes, les coûts de construction des routes, autoroutes, échangeurs et chemins de fer, entre autres infrastructures de transport, sont parfois hors de portée des autorités politiques eu égard à leurs capacités financières limitées, mais une forte dépendance à l’extérieur représente des risques sécuritaires importants pour l’État du Cameroun. Le premier risque est lié aux enjeux de sécurité et de défense du territoire. D’une part, le financement de construction d’infrastructures majoritairement dominé par des acteurs étrangers traduit l’abandon d’espace de souveraineté à la guise de ces derniers. D’autre part, étant un processus de traitement de l’information stratégique, l’Intelligence Économique (IE)[16] s’est consolidée comme un instrument de domination pour tout État en quête de puissance décisive[17] depuis la fin de la seconde guerre mondiale. À l’heure où l’économie est devenue intensive en informations et en connaissances, elle a été déclinée au plan politique, au plan territorial et au plan des entreprises comme une stratégie, une pratique et un outil. Or, disposer de l’information stratégique dans la conception, l’élaboration et la mise en œuvre de leurs politiques publiques nationales, de même que les informations relatives aux projets d’émergence, n’entre pas jusqu’ici dans le logiciel programmatique de développement dudit pays. Cette mission reste octroyée, entre autres, aux acteurs étrangers qui forme une garde rapprochée d’experts, venus à la fois de l’administration et des cabinets privés, chargés d’aider leurs autorités politiques à cerner les grandes questions qui touchent l’entité républicaine[18], comme la construction d’infrastructures. Le secteur de la logistique militaire est soumis au risque de dépendance de l’unique opérateur qui couvre l’espace national, et gère également les flux transfrontaliers. Le scénario du contrôle de l’information sur les mouvements d’importation et exportation ou de déplacement interne du matériel militaire ou des ressources stratégiques, par cet acteur de la scène internationale est envisageable.

Le second risque est lié au coût monopolistique des services, consécutif à l’absence de concurrence. Depuis la dissolution judiciaire de la société pétrolière de l’État Français Elf de la scène africaine à la fin des années 1990, diverses multinationales protégées par l’État ont pris le relais dans le sillage de la politique africaine de la France. Parmi ces dernières, certaines contrôlent des pans entiers des activités et services liés à la souveraineté du Cameroun. Tel est le cas de l’industriel de la logistique en Afrique du groupe Bolloré Logistics Cameroun (BLC). Ce denier a le monopole exclusif des secteurs du transport, notamment des secteurs maritime, ferroviaire et routier. C’est donc ce groupe qui a l’exclusivité des contrats de concession de gestion des ports de Douala (PAD), de Kribi (PAK)[19], et de la gestion du chemin de fer (CAMRAIL). En plus d’avoir le monopole du financement, d’acheminement du fret sur les voies maritimes et ferroviaires, le BLC est majoritairement présent dans le domaine des livraisons des marchandises par voie routière dans l’hinterland, aussi bien sur le territoire camerounais que sur les territoires du Tchad et de la RCA qui sont, en effet, des pays enclavés. Créée en 2013 lors d’un sommet des chefs d’État français et africains à l’Élysée, la fondation AfricaFrance vise le renforcement de la coopération entre les entreprises françaises et africaines partout sur le continent. En 2015, cette fondation a créé une banque de l’exportation, destinée à réduire le coût des financements de certains contrats établis entre la France et les États africains sans l’approche d’une remise en question par ces derniers[20]. Aux réseaux classiques est venu plutôt s’agglomérer un maillage d’acteurs privés, stimulés par le nouveau « business » : fonds d’investissement, réseaux de jeunes entreprises, conseillers, cabinets spécialisés, agences de communication, avocats, etc.[21], qui collectent des données et les exploitent afin que la France en tire le plus grand avantage concurrentiel dans les échanges économiques internationaux ou une capacité d’anticiper les actions et les décisions sur le plan social, économique et politique, ceci aux dépens des économies locales d’Afrique Centrale dont le Cameroun fait partie. Dans la configuration nouvelle post guerre froide, l’habilité et la capacité de tout acteur stratégiquement émancipé d’amener autrui à faire ce qu’il ne souhaite pas faire, mieux à ne pas regarder ni penser où il devrait le faire, constituent les gages de réussite de leurs divers projets de puissance. L’une des clés pour que les efforts d’autorités camerounaises soient couronnés de succès réside dans la capacité du pays à mobiliser des ressources financières suffisantes, et à les utiliser de manière efficace pour combattre la pauvreté, transformer leur économie et mettre en place les conditions d’une prospérité durable et inclusive. Cela nécessite une mobilisation de tous les moyens nécessaires, sur le plan public, privé, international et domestique.

  • Promouvoir les ressources domestiques dans le financement des projets de développement

La lutte contre la pauvreté ne peut être gagnée, et l’inclusion sociale assurée, si la réalisation des infrastructures n’est pas au centre des priorités. C’est pourquoi la réalisation des infrastructures a été identifiée comme une nécessité pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Le financement des infrastructures doit être l’une priorité des autorités camerounaises dans leur objectif de développement. Jusqu’ici, les stratégies de financement du développement mettent l’accent sur les aides publiques, la dette multilatérale ou bilatérale, ou l’investissement direct étranger. Ces stratégies laissent peu de place à la mobilisation des ressources domestiques publiques et privées pour en faire les leviers de la transformation structurelle (A) qui, pour qu’elles soient efficaces, nécessite une reprofilage des choix de l’État en matière de politique de développement (B).

  • Mobiliser les sources endogènes : créer de nouvelles chaînes de valeur et accélérer le développement

L’un des obstacles structurels au développement camerounais est le faible niveau d’investissement endogène, les stratégies de financement mettant majoritairement l’accent sur les aides publiques, la dette multilatérale ou bilatérale et l’IDE. Bien que l’État ait souscrit au cinquième emprunt obligataire 2018-2023 le 9 novembre 2018, d’un montant de 150 milliards de FCFA assorti d’un taux d’intérêt annuel de 5,6%[22], cette mobilisation reste limitée. Elle a pour origines, d’une part, des faibles taux d’épargne publique et privée, une mauvaise gestion des taux d’intérêts, l’étroitesse de l’assiette fiscale et la complexité des structures et procédures administratives. D’autre part, la faiblesse des administrations est un facteur explicatif, car celles-ci n’exploitent pas pleinement la base d’imposition nationale et accordent souvent des avantages fiscaux et toutes sortes d’exonérations à des industries à haute valeur, logées dans des niches, telles que les secteurs extractifs. À cela s’ajoutent des systèmes inefficaces de recouvrement des recettes et des flux massifs de capitaux illicites[23]. Aussi, l’un des disfonctionnements économiques est que le poids fiscal est supporté par une minorité, en raison d’une assiette fiscale restreinte et de l’existence d’un secteur informel massif. Corriger cette distorsion et mobiliser tout le potentiel fiscal seraient un premier levier pour la mobilisation des ressources intérieures. Retenir et mobiliser les ressources domestiques multisectorielles et multiformes généreraient plus d’avantages économiques et politiques que le recours à l’aide publique au développement. Si elles sont utilisées de manière adéquate, elles ont plus d’intérêt à long terme que les flux financiers extérieurs, souvent spéculatifs, qui fuient le pays dès la première crise ou instabilité d’ordre politique ou social. Avec une population qui dépasse 20 millions d’habitants, une classe moyenne en forte croissance et un tissu de petites et moyennes entreprises qui se densifie, l’État augmenterait significativement les ressources issues de la fiscalité intérieure.

La seconde source de mobilisation est les transferts de fonds par la diaspora camerounaise. La Banque mondiale estime que les envois de fonds de la diaspora africaine se sont élevés à environ 40 milliards de dollars en 2012 et pourraient atteindre 200 milliards au cours de la décennie 2020[24]. Dans un pays comme le Sénégal, ces transferts dépassent de loin l’APD venue des partenaires extérieurs, tout comme les ressources fiscales prélevées par les administrations douanières sur les importations. Suivant en cela l’exemple d’autres pays homologues dont les résultats ces dernières années ont été éloquents (Éthiopie, Sénégal, Kenya, etc.), le Cameroun a mentionné dans sa « Vision 2035 » les apports attendus en matière de financement par sa diaspora. Toutefois, il apparaît à l’observation que le gouvernement camerounais, qui ne dispose pas jusqu’à l’heure actuelle d’un cadre organique formel de participation de la diaspora à la gestion du développement[25], ne profite pas suffisamment des envois extérieurs. En 2016, les Camerounais vivant à l’étranger ont transféré au pays l’équivalent de 700 milliards de FCFA  environ[26]. Dans un contexte morose marqué par des nombreux déficits, ces transferts constitueraient une manne financière qui, utilisée à bon escient, irriguerait des pans entiers de l’économie nationale et relancerait la croissance, aussi ces flux devraient augmenter.

La troisième source concerne les montants issus des flux financiers illicites. Les spécialistes estiment qu’ils dépassent les 50 milliards de dollars par an, soit plus du double de l’APD que l’Afrique reçoit[27]. Ceci représente une saignée de ressources drainées durablement vers l’extérieur grâce à la corruption, aux trafics illicites et à toutes sortes de détournements de deniers publics. Ces sorties compromettent la primauté du droit et l’équité sociale, aggravent les conditions de vie précaires des populations et étouffent les possibilités de commerce et d’investissement. Elles sont facilitées par une soixantaine de paradis fiscaux et juridictions secrètes dans le monde qui permettent l’exploitation de millions de sociétés off-shore, de sociétés écrans, de comptes en fiducie anonymes et de fondations caritatives fictives[28]. En mobilisant ces trois leviers, le Cameroun constituerait un socle sur lequel les investissements étrangers, l’aide et l’endettement pourraient s’arrimer pour créer ensemble un système cohérent et intégré de financement du développement. Le pays a largement de quoi financer son propre développement et amorcer la trajectoire d’une véritable transformation économique et sociale. L’expérience a montré que le développement ne vient pas de l’extérieur, mais qu’il est plutôt le produit de dynamiques structurelles internes qui touchent les domaines économique, social, politique, culturel et environnemental, portées par les peuples eux-mêmes et sont alimentées par les ressources et la créativité endogènes. Réussir un tel pari suppose cependant une forte amélioration de la gouvernance économique et la démocratisation de la société.

  • Recadrer la politique de développement : prioriser l’industrialisation pour des emplois et des infrastructures durables

Le gouvernement camerounais doit reprofiler sa politique économique afin de mieux exploiter les richesses et les financements nationaux, car les produits issus de cette exploitation sont exportés sur les marchés mondiaux à l’état brut, ce qui empêche le développement de chaînes de valeurs et la création de richesses. Il existe une libéralisation limitée de leur potentiel à cause, d’une part, de la faiblesse des connaissances et des savoirs générés, et d’autre part, du maintien du modèle économique qui sous-tend leur exploitation. Ce paradigme doit changer, afin de déclencher une spirale vertueuse de transformation grâce à de nouvelles méthodes de gestion, de production, de commercialisation et de consommation des richesses du ciel, du sol, du sous-sol, des mers et des forêts[29]. Cette transformation doit reposer sur des options et des choix clairs de l’État, que ce soit en matière de politique de développement en général ou dans les différentes politiques sectorielles en particulier, notamment les politiques infrastructurelle, commerciale, industrielle, agricole, énergétique, et environnementale. Les choix gouvernementaux, en matière de politique économique, doivent être conjugués avec au moins trois impératifs : le développement de chaînes de valeurs issues des ressources naturelles et la promotion d’infrastructures et d’une croissance industrielle ; le développement d’une stratégie énergétique basée sur une utilisation massive des énergies renouvelables (éolienne, solaire, biomasse, etc.) pour renforcer le production industrielle ; et le développement de nouvelles méthodes de production qui réduisent la pollution de l’eau et l’érosion des sols, optimisent l’utilisation des intrants organiques et assurent une productivité élevée et des meilleurs revenus aux agriculteurs africains, notamment aux exploitations familiales[30].

La souveraineté économique du Cameroun exige l’amélioration de la compétitivité à travers une industrialisation à la fois diversifiée et compétitive autrement dit, efficacement intégrée dans la mondialisation et non pas renfermée sur un marché local exigu et/ou à forte dépendance extérieure. Ses industries ne pourront être compétitives que si les infrastructures adéquates sont mises en place. L’idée est de dépasser le stade de simple consommateur, en concluant des contrats qui profitent largement aux puissances étrangères, au stade d’imitateur pour finir en innovateur et producteur de savoir et de technologie. Pour ce faire, l’État doit faire preuve de maturité avant/pendant/après la signature de nouveaux partenariats pour le développement. Les transferts de connaissance et de technologie concernant des projets d’infrastructures, par l’établissement de clauses, sont indispensables à leur gestion et à leur entretien une fois la construction terminée[31]. Le gouvernement camerounais doit s’efforcer de profiter de l’expertise technique significative et de l’expérience en matière de gestion et de construction des entreprises et des instituts de recherche étrangers. Ceci passe par l’exigence de transferts de technologie et des efforts de formation dès le début des négociations afin de développer des capacités et des compétences locales en matière de gestion de projet et d’entretien, et d’éviter ainsi une dépendance prolongée à l’égard des capitaux et effectifs de toute puissance étrangère. En prenant exemple sur la Chine qui a su exploiter son dividende démographique[32] par un transfert progressif de la main d’œuvre du secteur rural informel vers le secteur industriel grâce à l’éducation et la formation, le Cameroun doit mettre à niveau ses entreprises locales pour qu’elles soient capables de travailler avec des investisseurs étrangers, créer un écosystème local favorable, améliorer le climat des affaires pour rendre le pays attractif afin d’être une destination privilégiée d’IDE[33]. Ce reprofilage de la politique économique favoriserait la libération d’opportunités socioéconomiques et la promotion d’un développement durable.

L’industrie est l’un des premiers bénéficiaires des infrastructures. En plus des infrastructures générales que constituent les transports, l’énergie et les communications, elle a des besoins spécifiques d’infrastructures pour accélérer l’investissement et accroître la compétitivité. Il s’agit notamment de l’aménagement des zones industrielles et de leur connexion avec les réseaux de services[34]. La plupart des infrastructures pour lesquels le pays attend un financement venu de l’extérieur peuvent être mises en place sur la base de ressources endogènes. En privilégiant les infrastructures de petites tailles, à hauteur d’homme et adaptées aux besoins de l’économie et de la population, le pays pourrait financer ses infrastructures de base et créer des emplois à long terme[35]. Les économistes reconnaissent que la faiblesse des infrastructures de transport constitue l’une des contraintes les plus importantes qui entravent le développement des affaires au Cameroun. Pour illustrer l’importance des infrastructures de transport en tant que moteur du développement socio-économique, trois dimensions de la création d’emplois sont analysées : l’effet direct sur l’emploi, l’effet indirect sur l’emploi et l’effet d’entraînement (spill-over). L’effet direct sur l’emploi correspond aux emplois créés pendant les phases de préparation, de construction, d’exploitation et d’entretien d’un projet d’infrastructure. Une société de construction embauche par exemple 1000 personnes pour la construction d’une ligne de transport reliant deux régions du pays, puis un concessionnaire en embauche 300 pour l’exploitation et l’entretien pendant un contrat de 20 ans. L’effet indirect sur l’emploi correspond aux emplois créés par l’intermédiaire des biens et services nécessaires à la réalisation des projets d’infrastructures, comme par exemple les emplois au sein de la chaîne d’approvisionnement. Dans l’exemple précédent, la société qui construit la ligne de transport achète du ciment et des câbles pour la construction et des équipements techniques pour l’exploitation et l’entretien, ce qui créé des emplois dans d’autres secteurs de l’économie. L’effet d’entraînement sur l’économie nationale correspond aux gains macroéconomiques résultant des services fournis par les infrastructures, à savoir l’impact économique global. La ligne de transport ainsi construite améliore les conditions économiques de la région en offrant aux entreprises locales un accès à l’électricité qui soit régulier et financièrement abordable. Cela peut conduire à la création d’un pôle économique qui incite les fabricants à investir dans des usines en raison d’un approvisionnement stable en électricité et de l’existence d’infrastructures de transport. Ces résultats de marché bénéficient également aux agriculteurs, car la baisse des coûts de transport et les échanges commerciaux supplémentaires entraînent des gains de productivité et une augmentation des revenus[36]. Cela suggère bien sûr une planification rigoureuse et un suivi méticuleux des projets, adossés à des principes de gouvernance et de gestion des ressources publiques sans faille. L’expérience montre que toutes sortes de motivations peuvent être à la base des choix politiques qui précèdent l’installation des infrastructures. De nombreux projets d’infrastructures de grande taille (ports, aéroports, autoroutes, etc.) pourraient coûter le tiers, voire la moitié, de leur coût s’ils n’étaient pas alourdis par des surfacturations, des choix technologiques inappropriés et des objectifs économiques diffus. Par exemple certains pays privilégient un réseau dense de petites routes, y compris rurales, pour relier les zones de production et de consommation et n’installer de grandes infrastructures en aval qu’en cas de nécessité absolue dictée par un marché intérieur et extérieur croissant, pendant que d’autres, souvent pour des raisons de prestige, mettaient en place de très grandes infrastructures, sans rapport avec leurs besoins et leurs possibilités économiques, quitte à s’endetter massivement et à devoir se retrouver plus tard à gérer une infrastructure au-delà de leurs capacités. Dans tous les cas, les expériences montrent qu’il n’y a pas de solutions toutes faites. Si nul ne conteste plus le fait que les infrastructures sont la colonne vertébrale de l’activité économique, nul ne conteste non plus le fait qu’il faut un dosage intelligent entre ressources endogènes et financements extérieurs. Le trait d’union entre les deux, c’est la vision, le leadership transformationnel et la qualité de la gouvernance[37]. L’argument du manque de ressources financières domestiques, qui justifierait la faiblesse des initiatives endogènes de financement de ces infrastructures est l’une des explications de cette faiblesse qui, impérativement, doit être surmontée.

Conclusion

Le Cameroun connaît une urbanisation rapide et doit fournir à une population en pleine croissance les biens et services nécessaires. Les infrastructures matérielles doivent être financées par des sources endogènes peu exploitées jusqu’ici. Le pays doit améliorer la qualité de la formation des techniciens locaux et s’efforcer de les retenir. Cet aspect est non seulement déterminant pour la réussite des projets d’infrastructures, mais jette également les bases de l’industrialisation du pays. Dans ce contexte, il est crucial de veiller à ce que le développement des infrastructures serve de moteur à la réalisation des objectifs de développement. Cela accélèrera en retour le développement économique, protègera l’environnement et générera différents avantages sociaux dont bénéficieront les populations. Sachant que les aspects de durabilité et de résilience peuvent contribuer à la réduction des risques, voire accroître les avantages découlant des projets d’infrastructures, ils ne doivent pas être considérés comme un coût supplémentaire, mais plutôt comme une source de rentabilité. Les solutions fondées sur la performance peuvent contribuer à réduire le coût total des solutions et à renforcer la résilience et les bénéfices potentiels des infrastructures. Le renforcement des liens entre le secteur public et le secteur privé (PPP), la gestion efficace des marchés publics et la qualité des schémas directeurs d’urbanisme sont autant de facteurs clés dans la mise en œuvre de projets d’infrastructures durables et résilients. Le secteur public, les entrepreneurs de BTP et les intermédiaires financiers locaux doivent utiliser des outils plus innovants. Suspendre le rythme actuel de l’urbanisation n’est pas possible. Mais l’introduction des aspects de durabilité et de résilience dans les projets d’infrastructure peut placer le pays sur la voie d’un développement plus durable.

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  • Régis, A., « Le Japon choisit d’entrer dans l’ère Reïwa », Le Figaro, mardi 2 avril 2019, p. 7.
  • Tidiane Dieye, C., « L’Afrique et le financement du développement : saisir ces possibilités inexploitées », Passerelles, vol 18, No 1, février 2017, pp. 25-27.
  • Tidiane Dieye, C., « Infrastructures et développement : donner à l’Afrique  une colonne vertébrale », Passerelles, vol 18, No 2, mars 2017, pp. 25-27.
  • Traoré, , « Développer les infrastructures pour stimuler la transformation économique : Entretien avec le commissaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en charge de l’industrie et de la promotion du secteur privé», Passerelles, vol 18, No 2, mars 2017, pp.4-6.

[1] C., Alassane Traoré, « Le partenariat public privé (PPP) en Afrique : analyse descriptive et défis », Note d’analyses sociopolitiques, N° 11, 20 juillet 2019, CARPADD, Montréal, 18p.

[2] Lire à ce propos, « Développer les infrastructures pour stimuler la transformation économique : Entretien avec Kalilou Traoré, commissaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en charge de l’industrie et de la promotion du secteur privé », Passerelles, vol 18, No 2, mars 2017, pp. 4-6.

[3] Ibid.

[4] Consulté à ce sujet, Évaluation stratégique environnementale et sociale du secteur minier au Cameroun, Document principal tome 1, 2016, p. 19.

[5] C., Tidiane Dieye, « L’Afrique et le financement du développement : saisir ces possibilités inexploitées », Passerelles, vol 18, No 1, février 2017, pp. 25-27.

[6] F. X., Noah Edzimbi, « La défense populaire et la lutte contre les nouvelles menaces au Cameroun : contribution à la formation d’une culture stratégique et à l’étude d’une logique sécuritaire globale après 2001 », Thèse de Doctorat en science politique, option Stratégie-Défense, Université de Yaoundé II, en attente de soutenance.

[7] Lire à ce sujet, « Quelques rappels utiles en matière de stratégie, « opératique » et tactique… », Doctrine, Revue d’études générales, Stratégie, « opératique » et tactique : la place des forces terrestres, no 7, décembre 2005, p. 8.

[8] Les intérêts fondamentaux, ou encore les intérêts nationaux d’une entité étatique, se subdivisent en trois axes à savoir : les intérêts vitaux, les intérêts stratégiques et enfin, les intérêts de puissance. Ils se présentent comme un procès dynamique et complexe, étant donné qu’ils reflètent des réalités sociales qui comportent la totalité des besoins et aspirations communs à tous les membres d’une entité socioculturelle. P., Cardot, « De la définition et de la défense des intérêts nationaux (première partie) », article consulté le 10/02/2020 sur http://regards-citoyens.over-blog.com/article-de-l-interet-national-109057769.html

[9] Un intérêt national se présente comme tout secteur, domaine ou richesse d’importance stratégique qui, en raison d’une quelconque menace ou attaque dont il ferait l’objet, conduirait un État à mobiliser des moyens conséquents de défense pour le protéger, voire user de la guerre.

[10] L’émancipation doit être comprise comme la possibilité pour les États africains d’ajouter à leur indépendance juridique, un contenu politique, stratégique, économique, diplomatique, sécuritaire etc. qui seul peut leur permettre d’espérer mener une existence souveraine sur la scène internationale dans laquelle seuls leurs peuples, constitués en un corps politique, et leur Nations déterminent leurs actions. A., Fogue Tedom, « De la problématique du financement de l’Union Africaine (UA) à l’évaluation du désir de puissance de l’Afrique »,

Dialectique des intelligences, n°004/2017, p. 7.

[11] La défense économique repose sur deux piliers : la défense économique d’État qui vise le fonctionnement général de l’économie, et la défense économique partenariale qui conduit l’État à garantir et à protéger le fonctionnement général de certains secteurs d’activités tenus par des sociétés privées sous contrat avec l’État. A., Fogue Tedom, Cameroun : sortir le renseignement du maintien de l’ordre politique. En faire un outil stratégique, Yaoundé, Les Éditions du Schabel, 2017, p. 371.

[12] F. X., Noah Edzimbi, Op. cit.

[13] F. X., Noah Edzimbi, « De la  défense populaire au Cameroun : repères historiques, appropriations actuelles et défis futurs », Note d’analyses sociopolitiques, CARPADD, Montréal, n° 13, 2019, 16p.

[14] Théorisée par Arthur Girault entre 1890 et 1930, la politique d’assimilation est mise en application dans les anciennes colonies et territoires sous tutelle d’Afrique dans un objectif de rayonnement international de la France. F. X., Noah Edzimbi, « Le projet géostratégique des États-Unis d’Amérique dans le Golfe de Guinée : analyse de l’action américaine au Cameroun entre 1997 et 2013 », Master II en science politique, Université de Douala, 2014, p. 104.

[15] Une culture stratégique est un ensemble de capacités fondées sur la maîtrise par les citoyens d’un État-Nation des manières de faire, de penser, de réfléchir et de sentir qui leur permettent de jauger les menaces, d’agir et de réagir face aux enjeux de défense et de sécurité en présence, d’orienter et de parfaire leur stratégie de puissance pour un profit efficient, symbolique et matériel selon les contextes qui se présentent à eux. Lire à ce sujet, A., Régis, « Le Japon choisit d’entrer dans l’ère Reïwa », Le Figaro, mardi 2 avril 2019, p. 7.

[16] L’IE peut se définir comme la maîtrise, la protection et l’exploitation de l’information, pour comprendre et anticiper l’environnement extérieur, ses acteurs, risques et opportunités, protéger le patrimoine informationnel stratégique et agir sur les leviers d’influence nationaux et internationaux, le tout à partir de sources ouvertes et dans le respect des règles, pour in fine contribuer à créer de la valeur. Elle est souvent résumée par le triptyque veille/anticipation, sécurité économique, influence. A., Guilhon, et N., Moinet, (dir.), Intelligence économique : s’informer, se protéger, influencer, Montreuil, Pearson France, 2016, p. 12.

[17] P. M., Defarges, Introduction à la géopolitique, Paris, Éditions Seuil, 2009.

[18] O., Piot, « La fin du pré-carré », Le Monde diplomatique. Manière de voir, no 165, bimestriel juin-juillet 2019, pp. 10-11.

[19] Le PAK est la nouvelle acquisition portuaire du Cameroun depuis 2015. Mais le groupe Bolloré s’est déjà doté de deux terminaux (le terminal à containers, et le terminal polyvalent). Lire à ce sujet l’hebdomadaire Intégration, « Bolloré en passe de s’emparer du port de Kribi », n° 291, du 30 août 2017,  p. 11.

[20] Le renouvellement générationnel des réseaux d’influence permet à la « Françafrique » de se transmuer dans un contexte où les entreprises françaises n’ont jamais été aussi nombreuses sur le continent (environ 40000). Petites et moyennes, certes, mais surtout, bien sûr, les grands groupes : Total, Castel, Orange, Lafarge, Vinci, Bouygues et Technip se classent parmi les 70 plus grands groupes implantés en Afrique. Le groupe Bolloré figure ainsi parmi les multinationales emblématiques de la présence française en Afrique. Fort de ses 250 filiales et de ses 25000 salariés dans 46 pays africains, Bolloré Logistics est devenu en moins de trente ans le premier réseau intégré de logistiques africaines et un acteur majeur de l’activité portuaire. O., Piot, Op. cit.

[21] Op. cit. Du côté des ex-ministres de la République, la liste de ceux qui se sont reconvertis dans les « bons offices » du lobbying en Afrique se révèle tout aussi fournie : MM. Jean-Louis Borloo (à l’origine de la fondation Énergies pour l’Afrique), Gérard Longuet (conseiller de Sea Invest), Dominique Perben (conseiller de Colas, filiale du groupe Bouygues) ou encore Hervé de Charrette et Jean-Marie Bockel.

[22] B. R., Mbodiam, « Le 5è emprunt obligataire de l’État du Cameroun sur le Douala Stock Exchange clôturé à plus de 200 milliards de FCFA », article consulté le 15/02/2020 sur www.investiraucameroun.com

[23] C., Tidiane Dieye, Op. cit.

[24] Lire à ce sujet, « L’ACBF prête à aider les pays africains à endiguer les flux financiers illicites », African Capacity Building Foundation, 15 septembre 2015.

[25] Voir, Cameroon Policy Analysis and Reseach Center, « La diaspora camerounaise, un atout pour l’émergence : un plan opérationnel à résultats rapides en 10 points », p. 9.

[26] J. M., Nzekoué, « La diaspora, acteur majeur du développement », article consulté le 15/02/2020 sur info@cameroon-tribune.cm

[27] C., Tidiane Dieye, Op. cit.

[28] J., Mbu, « Mobilisation innovante des ressources domestiques en Afrique », Making Finance Work for

Africa, 26 janvier 2016.

[29] C., Tidiane Dieye, « Les ressources naturelles et l’économie bleue : deux moteurs pour le développement durable en Afrique », Passerelles, vol. 17, No 8, 2016, pp. 25-27.

[30] Ibid.

[31] F. X., Noah Edzimbi, « Afrique : les dessous du regain d’intérêt russe », article consulté le 16/02/2020 sur www.libreafrique.org

[32] La notion de dividende démographique désigne une période de croissance économique potentielle résultant d’une augmentation transitoire de la part de la population en âge de travailler au sein de la population totale. Ce dividende repose sur l’augmentation du ratio de soutien, qui est le ratio pondéré des personnes à charge par rapport aux contributeurs économiquement actifs dans une économie. L. A., Johnston, « Tirer parti de l’expérience chinoise pour exploiter le dividende démographique africain ? », Passerelles, vol 19, No 5, août 2019, pp. 12-18.

[33] Ibid.

[34] K., Traoré, Op. cit.

[35] C., Tidiane Dieye, « Infrastructures et développement : donner à l’Afrique  une colonne vertébrale », Passerelles, vol 18, No 2, mars 2017, pp. 25-27.

[36] N., Malchow et A., Waldmann, « Le potentiel des infrastructures transfrontalières en Afrique : quelles perspectives pour l’emploi ? », Passerelles, vol 18, No 2, mars 2017, pp. 12-16.

[37] C., Tidiane Dieye, Op. cit.

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