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La prévision des ressources matérielles et l’amélioration du rendement scolaire dans les zones rurales du Cameroun
FEUZEU François
Administrateur d’Éducation
en service à la Délégation Départementale de l’Éducation de Base
de la Boumba et Ngoko (Yokadouma), Est Cameroun,
Doctorant en Sciences de l’Éducation
Université de Yaoundé I
feuzeufrancois@gmail.com
Résumé :
La production de cet article résulte du constat selon lequel le rendement scolaire demeure peu satisfaisant dans les zones rurales, en dépit des efforts consentis par l’État du Cameroun et la communauté éducative. Il se remarque que l’une des causes de cet état de chose se trouve dans des difficultés d’ordre managérial et logistique, sensées assurer une prévision allocutive adéquate des ressources humaines et matérielles. Ceci étant, la perspective de cet exercice scientifique consiste à examiner dans quelle mesure une prévision efficace des ressources matérielles contribuerait à l’amélioration du rendement scolaire dans les zones rurales du Cameroun.
Mots-clés : Difficultés managériales et logistiques, Allocation des ressources, Ressources matérielles, Rendement scolaire
Abstract :
Despite the efforts put in place by the state of Cameroon and the educational community, the school outcome in rural areas remains very poor. So we admitted after several investigations that in primary schools, this problem could originate from the poor management of material resources. Reflecting what we noticed on the field, we assumed that a good prevision of material resources could help solve the problem if taken into consideration objective identification of need, proper organization of services and clear stipulation of norms governing the acquisition of material resources. In fact, this article aims to verify whether the school outcome in rural areas of Cameroon is influenced by the prevision of material resources.
Key words: Management and logistic difficulties, Resources allocation, Material resources, School outcome
Introduction
La ratification par le Cameroun de plusieurs instruments juridiques internationaux a conduit à la gratuité de l’éducation, en dépit de l’introduction en 1996 des frais d’inscription à l’école primaire par le Ministère de l’Éducation Nationale. Parmi ces instruments figure la Convention Relative aux Droits de l’Enfant adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, qui précise en son article 28 que « Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité de chance, ils rendent l’enseignement obligatoire et gratuit pour tous. » Par voie de conséquence, le président de la République du Cameroun, dans son discours à la jeunesse du 10 février 2000, annoncera la gratuité de l’enseignement primaire. Une déclaration qui trouvera son accomplissement avec un Décret présidentiel du 19 février 2001 qui, en son article 47, exempte les élèves des écoles primaires publiques des contributions annuelles jusqu’alors exigibles . La gratuité ainsi consacrée va contraindre l’État à mettre sur pied un ensemble de mesures destinées à maintenir le rendement scolaire à des niveaux satisfaisants. C’est dans cette optique qu’ont été revalorisés le paquet minimum et les crédits de fonctionnement alloués aux écoles (CDMT, 2009). L’on assistera aussi à la transposition du mécanisme de décentralisation dans la gestion des écoles à travers la création des conseils d’école, sans oublier le transfert aux communes de certaines compétences en matière d’éducation, la réouverture des Écoles Normales d’Instituteurs d’Enseignement Général, et les multiples vagues de contractualisation des instituteurs à l’échelle du pays. De plus, les efforts sont aussi effectués dans la construction des salles de classe ainsi que la réforme des méthodes d’enseignement et d’évaluation . Ces efforts sont nuancés par certaines pesanteurs constituées pour l’essentiel des difficultés en termes d’approvisionnement des écoles des zones rurales en ressources devant impulser le démarrage et le bon déroulement des enseignements. Le paquet minimum, de même que le crédit de fonctionnement ne sont généralement pas disponibles à temps. Quand ils arrivent, il est presque toujours de quantité et de qualités limitées pour le paquet minimum, et de montant insuffisant pour le crédit de fonctionnement . Dans ces conditions, les écoles des zones rurales sont quasiment dépourvues de ressources dès la rentrée scolaire. Le matériel didactique est régulièrement insuffisant ou inexistant (Nyetam, 2015). La prégnance de ces difficultés affecte considérablement le fonctionnement des écoles. La baisse de régime ainsi créée va entretenir de nombreux blocages susceptibles d’influencer le rendement scolaires. Dans de nombreuses écoles des zones rurales, des efforts allant dans le sens de la prévision des ressources s’avèrent nécessaires. Il s’agit d’une opération utile pour l’avenir, intégrant trois activités capables de garantir le déroulement harmonieux de l’année scolaire à savoir : l’identification objective des besoins, l’organisation judicieuse des services en charge du matériel et l’élaboration méthodique des normes d’acquisition des ressources matérielles. Ces opérations constitueront les axes d’intervention de cette étude. La prévision en tant que projection, anticipation et/ou conjecture sur l’avenir, se présente comme une activité cardinale dans le management des organisations scolaires.
Meuret & Bonnard (2010), définissent le rendement scolaire comme le rapport entre les résultats et les ressources investies. Pour mieux cerner cette notion, on distingue le rendement à court terme qui peut désigner les résultats scolaires annuels. Le rendement à moyen terme, quant à lui, désigne le taux d’achèvement d’un cycle scolaire tandis que le rendement à long terme concerne l’insertion socioprofessionnelle. Il appert donc que l’application des techniques de management des organisations contribuerait à juguler les difficultés ainsi créées. Il s’agit d’envisager à travers les opérations de prévision, la mise sur pied des mécanismes efficaces pouvant favoriser la disponibilité permanente des ressources matérielles dans ces établissements afin d’améliorer le rendement scolaire dans les écoles des zones rurales. Mais, de telles mesures ne pourraient être efficaces que si les ressources de l’école sont rationnellement gérées sur le terrain. L’intérêt de ce travail qui consiste à vérifier si le rendement d’un établissement scolaire peut être influencé par la nature de la gestion de ses ressources; notamment en ce qui concerne la prévision du ressources matérielles.
Pour ce faire, il était opportun d’effectuer une enquête dans les écoles primaires publiques de l’arrondissement de Yokadouma et de recueillir auprès des chefs d’établissements des informations sur la gestion des ressources matérielles de leurs institutions. Cette recherche se focalise sur la vérification de la corrélation entre la prévision des ressources matérielles et le rendement scolaire à travers une démarche exploratoire marquée par le recours à la statistique inférentielle pour l’analyse des données collectées.
Contexte et justification de l’étude
Trois aspects sont évoqués pour cerner le contexte de cette l’étude à savoir : le social, l’économique et le culturel.
Sur le plan social, la pratique d’une action intersectorielle de différents acteurs sur la question éducationnelle contribue à une meilleure gestion des ressources matérielles des écoles primaires. En effet, la prise de responsabilité des acteurs sociaux à travers les Conseils d’École (CE) et les Associations de Parents d’Elèves et Enseignants (APEE) participe de cette démarche et contribue à l’amélioration de la gestion des écoles primaires publiques au Cameroun. Dans le cadre économique, l’étude se déroule dans un contexte de paupérisation des populations rurales, ce qui conduit à l’occupation des enfants en âge de scolarisation par les parents dans les activités extrascolaires. Les difficultés économiques amènent ces derniers à faire peu de cas de l’achat des fournitures scolaires de leurs enfants. En outre, les écoles ont parfois du mal à s’approvisionner en ressources matérielles compte tenu de la gratuité de l’enseignement primaire, de l’arrivée tardive du paquet minimum et du caractère non obligatoire des frais d’APEE. Dans l’aspect culturel enfin, il est à souligner que culturellement, les populations des zones rurales sont attachées à leurs us et coutumes qui privilégient les activités agricoles, ce qui relègue l’école au second plan. Le financement de l’école s’avère être un prétexte pour banaliser la scolarisation des enfants. De plus, l’arrondissement de Yokadouma compte une proportion non négligeable de populations autochtones, hermétiques, voire atypiques comme les pygmées qui, dans leurs habitudes, accordent généralement peu d’intérêt à l’école bien que l’enseignement primaire soit gratuit . De fait, la gratuité de l’école est perçue par certains parents comme un transfert de responsabilité.
Les résultats scolaires mitigés en zones rurales demeurent la principale raison qui justifie cet exercice intellectuel. Au-delà des questions de prévision des ressources matérielles dans les écoles, les autres facteurs à l’origine de cette difficulté sont : le manque d’enseignants, le manque des fournitures scolaires chez les enfants, le manque ou l’insuffisance des ressources financières pouvant faciliter la résolution des problèmes ponctuels de l’école à la rentrée scolaire, le difficile accès à l’énergie et les manquements en matière de suivi des enfants. Selon Nyetam (2016), les résultats au CEP de l’année scolaire 2015/2016 ont été de 49,2 % dans l’arrondissement de Yokadouma. Cependant, lorsqu’on examine cette situation au cas par cas, on se rend compte que les résultats sont plus faibles dans les localités retirées de la ville.
Au-delà de cette réalité, plusieurs autres difficultés des zones rurales peuvent justifier la tenue de cette étude, notamment :
• La reprise tardive des enseignements à la rentrée scolaire ;
• L’absence ou l’insuffisance du matériel didactique dans les écoles ;
• La baisse générale du niveau des élèves ;
• Le manque d’entretien et le délabrement des infrastructures scolaires ;
• Le vandalisme du mobilier et des équipements scolaires ;
• Les conditions de stockage et de conservation du matériel appartenant à l’école ;
• Le taux élevé de dépréciation scolaire définie comme perte graduelle d’intérêt pour l’école.
La tenue de cette étude étant dorénavant justifiée, il est question actuellement d’aborder la recension des écrits.
Revue de la littérature
La revue littéraire sur la prévision des ressources matérielles s’articule autour de trois points essentiels.
La première articulation s’intéresse à l’identification des besoins matériels et la détermination des sources d’approvisionnement. Dans un cadre général, un besoin est une exigence née d’un sentiment de manque d’un élément nécessaire pour une activité. Il est aussi considéré comme un sentiment de privation qui porte à désirer ce qui nous fait défaut. En économie, un besoin est un état de carence face à ce qui est nécessaire ou ressenti comme tel par un maillon de la vie sociale. Les besoins sont différents selon la personne qui l’éprouve et évoluent dans le temps et l’espace. Pour Educlever (2019), « un besoin est un sentiment de manque (…) accompagné du désir ou de la nécessité de le faire disparaitre. » Les besoins sont illimités en nombre. Sous ce rapport, le développement économique et technique fait apparaitre de nouveaux besoins. Le besoin se diversifie donc sans cesse. En revanche, les besoins sont limités en volume dans la mesure où chaque besoin est assouvi par un niveau de satiété. Le besoin est enfin une notion subjective qui varie d’une organisation à l’autre, d’une époque à l’autre. L’identification des besoins en éducation procède effectivement de cette logique de pénurie des ressources matérielles et logistiques utiles au fonctionnement de l’appareil scolaire.
Pour ce qui est des catégories des besoins, Educlever (op. cit.) en distingue deux. Les besoins primaires sont des exigences naturelles dont la satisfaction est considérée comme nécessaire à la survie. Dans le cadre managérial, les besoins primaires peuvent se rapporter à ceux indispensables au fonctionnement de l’organisation. Par contre, les besoins secondaires sont considérés comme nécessaires à un moment donné. Leur satisfaction permet d’assurer un niveau et un style de vie adapté au niveau de développement. En management de l’éducation, les besoins secondaires correspondent par exemple à un projet d’activation du WIFI dans un établissement pour faciliter la recherche ou alors à l’intention d’installer des caméras de surveillance comme moyen de lutte contre les violences en milieu scolaire. Dans sa pyramide des besoins, Maslow (1954) distingue les besoins physiologiques, le besoin de sécurité (physique, psychologique), le besoin d’appartenance (à un groupe), le besoin d’estime (de soi et par les autres), et le besoin de réalisation de soi. Pour lui, ces cinq types de besoins sont satisfaits les uns après les autres. La connaissance des catégories et types de besoins constitue un atout pour l’identification et la hiérarchisation des besoins au sein d’une organisation scolaire.
Pour la détermination des besoins, le Fonds d’Assurance Formation Ingénierie et Conseil (FAFIEC) (2018), affirme qu’un diagnostic de départ est essentiel afin de prendre de bonnes décisions et de cibler les actions répondant réellement aux besoins de l’organisation. Cette démarche initialement destinée aux besoins en formation peut se transposer sur les besoins en matériel et se décline en 4 étapes :
• Repérer les évolutions internes et externes. Pour repérer les besoins en ressources matérielles, l’organisation doit sur le plan interne tenir compte des facteurs tels que : la politique interne de l’établissement, l’investissement matériel, l’organisation de l’entreprise, les métiers et savoir–faire, les ressources humaines et les stratégies d’entreprise. Sur le plan externe l’organisation doit s’auto évaluer sur les métiers, la performance, l’adaptation à l’environnement etc.
• Définir le projet. Le projet d’établissement est un document qui donne des orientations sur les axes de développement à mettre en œuvre, l’évaluation des ressources à mobiliser, les degrés d’urgence, les priorités, etc.
• Identifier les compétences disponibles. Il s’agit de vérifier si les collaborateurs de l’organisation ont des compétences nécessaires pour utiliser le matériel souhaité.
• Mettre en évidence les besoins. La démarche consiste à identifier les matériels à acquérir pour faire face aux besoins de l’organisation.
Pour ce qui est des moyens d’expression des besoins matériels, les personnes et les institutions qui peuvent œuvrer dans ce sens à l’école, sont celles prévues par le Décret n° 2001/041 portant organisation des établissements scolaires publics et attributions des responsables de l’administration scolaire. Il s’agit particulièrement de l’administration scolaire, du Conseil d’Ecole et des Associations des Parents d’Elèves et Enseignants (APEE). Selon NYETAM (op. cit.), les conseils d’école ne fonctionnement pas dans la plupart des Ecoles Primaires Publiques de l’arrondissement de Yokadouma. Ceci constitue un véritable handicap non seulement pour l’analyse des besoins en matériels, mais également pour la gestion du crédit de fonctionnement qui, selon le texte suscité, est destinée au financement du projet d’école. Toutes ces opérations sont discutées au sein du conseil d’école, qui compte les responsables de l’APEE et ceux de l’administration scolaire comme membres statutaires. L’action de l’école, sous ce rapport, consiste à valoriser sa propre contribution dans la gestion des ressources. Il s’agit pour l’essentiel de mettre en œuvre les techniques de prévision matérielle qui peuvent valablement contribuer à l’amélioration du rendement scolaire.
La 2e articulation de ce développement porte sur l’organisation des services en charge du matériel. Il s’agit d’examiner les services engagés dans l’administration du matériel au sein d’une institution scolaire. Cette organisation répond à un besoin des attributions des responsables des services en charge du matériel. Elle permet de cerner à l’aide d’une structuration (organigramme), les différentes responsabilités des acteurs impliqués dans la gestion des ressources matérielles. Une telle organisation suppose une planification élaborée de toutes les activités soit pour l’année en cours ou pour les années à venir. D’une manière générale, les principaux acteurs dans des établissements secondaires publics sont : le chef d’établissement, l’agent financier et le comptable matière. Dans l’enseignement primaire, les responsabilités dans la gestion des ressources matérielles incombe principalement au chef d’établissement, au comptable matière, et éventuellement à l’animateur de niveau. Cette répartition s’illustre mieux à travers un organigramme qui a pour enjeux d’indiquer la répartition des responsables ainsi que des tâches entre les postes, et de préciser les relations de commandement qui existent entre eux. Dans cette logique, les relations de pouvoir dans un service en charge du matériel doivent être correctement élaborées afin d’assurer une gestion raisonnable des ressources matérielles.
Taylor (1911) et Ford (1922) ont longtemps mis en exergue l’importance de l’organisation des services sur le rendement d’une organisation. Taylor (op. cit.) estimait qu’il est possible de parvenir à une méthode de management scientifique qui s’imposerait par sa rationalité indiscutable. Sa contribution sur l’organisation scientifique du travail s’est notamment fait connaitre à travers le « one best way » qui consistait à mettre en place la méthode de travail la plus efficace à travers une bonne organisation de l’entreprise. Cette vision fut relayée par Ford (op. cit.) pour qui l’organisation judicieuse des services favorise le travail à la chaine, ce qui a un impact sur le rendement général de l’entreprise.
Pour sa part, Mintzberg (2012), dans ses travaux sur la sociologie des organisations, évacue les notions classiques d’organigramme et de division du travail au profit « des concepts de coordination, de flux ou courants d’échanges, d’identification de différentes pièces qui constituent, comme un jeu de construction, les configurations possibles de toute organisation vivante ». Il s’agit d’une analyse novatrice des structures de l’entreprise. Bien que les travaux de Mintzberg, Taylor et Ford soient principalement orientés vers le secteur industriel, ils seront exploités pour l’amélioration des conditions de travail au sein des organisations scolaires. Dans cette logique, il est judicieux d’examiner le rôle de quelques responsables dans le fonctionnement de ces établissements.
Le rôle du chef d’établissement dans la gestion matérielle. Selon Dong et Fozing (2016), « le système éducatif camerounais s’appuie sur trois piliers à savoir : la pédagogie, l’orientation et l’administration. » Au niveau opérationnel, cette administration est assurée par le chef d’établissement. En tant qu’ordonnateur des dépenses et garant du bon fonctionnement de l’institution, celui-ci joue un rôle important dans la gestion du matériel. Il se prononce sur la répartition, la distribution et même le stockage du matériel de son institution. Selon l’article 12 de l’Instruction générale N° 004 du 08 mars 1988, abrogeant et remplaçant les Instructions N° 90/MEF IDGF IDMTA du 27 Août 1982 et 6680 du 21 Novembre 1985 relatives la comptabilité des matières, « les administrateurs de matières prennent les décisions des mouvements de matières et sont responsables des certifications de mouvements qu’ils délivrent. Ils ne sont déchargés de leur responsabilité que par une déclaration de prise en charge des mêmes matières par un comptable des matières. » Dans le cadre d’un établissement scolaire, l’administrateur de matière est le chef d’établissement qui est au centre de la gestion matérielle. La Circulaire n °004/CAB/MINFI du 18 Mai 2012, portant instruction relative à la tenue de la comptabilité matière, indique en son point 37 que l’ordonnateur est responsable de la garde, l’entretien et de la conservation des biens publics. Il a par conséquent l’obligation de rendre compte de la gestion des biens placés sous son autorité.
Dans les écoles primaires publiques camerounaises, l’inexistence d’un agent financier laisse la responsabilité de la gestion des fonds au chef d’établissement et au conseil d’école. Se référant à l’Instruction n° 07/B1/1464/MINEDUB/SG/DEMP du 22 Août 2014, portant application de certaines dispositions de l’Arrêté n° 367/B1/1464/MINEDUB/064/CF/MINFI du 19 Septembre 2001 relative à l’organisation et au fonctionnement des établissements d’enseignement maternels et primaires, les ressources matérielles desdites écoles sont gérées par le directeur d’école qui indique les axes de sa gestion dans un projet d’école élaboré au cours « d’un processus participatif tant au sein de l’école qu’en concertation avec la communauté éducative représentée au conseil d’école ». Ce projet doit être approuvé par le conseil d’école qui en fin d’année se réserve le droit d’examiner la gestion du directeur d’école à travers un rapport dûment produit par ce dernier. Selon cette instruction, le directeur d’école tient les carnets de reçu, les factures, les documents de crédits et les documents de remise des dons et legs qu’il soumet à l’inspecteur d’arrondissement de céans pendant les contrôles qu’il est tenu d’effectuer au moins deux fois par ans dans les écoles.
La Circulaire n° 12/B1/1467/C/MINEDUB/SG/DEMP 22 Août 2014, rappelant le rôle du directeur d’école, énonce en son point premier que « le directeur d’école est chargé de la gestion des ressources matérielle des écoles ». Il est à ce titre astreint à la tenue des registres d’inventaire du matériel, et du registre d’inventaire des fournitures scolaires. Le point III de cette circulaire ajoute que le directeur d’école veille à la conservation des biens meubles et immeubles de l’école. De ce qui précède, l’on souligne que les responsabilités du chef d’établissement dans la gestion des ressources matérielles vont du simple recensement des besoins à l’évaluation de l’utilisation, en passant par la distribution, le stockage et l’entretien du matériel mis à disposition.
Le rôle de l’animateur de niveau dans la gestion du matériel. Selon le point II de l’Instruction n° 07/B1/1464/MINEDUB/SG/DEMP/ du 22 Août 2014, portant application de certaines dispositions de l’Arrêté n° 367/B1/1454/MINEDUC/064/CF/MINEFI du 19 Septembre 2001 relative à l’organisation et au fonctionnement des établissements publics d’enseignement maternel et primaire, « l’animateur de niveau-animateur pédagogique au secondaire-est chargé de la coordination des activités pédagogiques du niveau. » Cette instruction fait de l’animateur de niveau un collaborateur direct du directeur d’école pour ce qui est de l’administration des ressources matérielles. L’instruction ajoute : « l’animateur de niveau le plus compétent et le plus ancien dans le grade le plus élevé est désigné directeur adjoint de l’école. Il remplace le directeur en cas d’absence ou d’empêchement dûment constaté. » A ce titre, l’animateur de niveau peut recenser les besoins de ses collègues, et contribuer à la distribution du matériel aux enseignants.
Le service de l’agent financier dans la gestion du matériel. En application du principe de séparation des ordonnateurs et des comptables, l’intendant ou l’économe en tant qu’agent financier est de fait le comptable de l’établissement. En attendant qu’un poste d’agent financier soit créé dans les écoles primaires, il s’observe que l’article 39 du Décret n° 2001/041, portant organisation des établissements scolaires publics et attributions des responsables de l’administration scolaire, détermine le rôle de l’intendant et de l’économe dans les établissements d’enseignement secondaires.
La comptabilité matière et la gestion du matériel. D’après l’article 1er de l’Instruction générale N°004 du 8 mars 1988, abrogeant et remplaçant les Instructions N°90/MEF IDGF IDMTA du 27 Août 1982 et 6680 du 21 novembre 1985 relatives à la comptabilité des matières, « La comptabilité des matières est une comptabilité d’inventaire permanent des biens immeubles ou meubles autres que les deniers, valeurs et archives administratives, appartenant à l’Etat, à une collectivité locale ou à un établissement public ». L’article 1er alinéa 1 de La Loi n° 77/26 du 06 décembre 1977, fixant le régime général de la comptabilité matière, évoque la comptabilité matière comme constituée des : « opérations d’acquisition, de maniement ou d’aliénation des biens corporels meubles et immeubles ». Pour Mebenga (2001), « les comptables matières ont essentiellement pour tâche de gérer les valeurs consistant dans les biens matériels ». Selon l’article 1131 de La Loi de finance de 1967, le comptable matière est « l’agent publique qui certifie la fourniture faite et les services faits et procède par conséquent aux prises en charge ». L’originalité camerounaise consiste en la création d’un corps de fonctionnaire de la comptabilité matière.
Pour ce qui est du rôle du Comptable Matière, l’article 17 de l’Instruction générale N° 004 DU 8 MARS 1988, abrogeant et remplaçant les Instructions N° 90/MEF IDGF IDMTA du 27 Août 1982 et 6680 du 21 novembre 1985 relatives la comptabilité des matières, dispose qu’« en début de gestion, chaque comptable des matières prend en balance d’entrée et les existants en fin de gestion précédente. Le relevé de ces existants résulte d’un procès-verbal portant inventaire résumé; dressé par une commission de réception visée à l’article 7 ou par un responsable commis à cet effet par l’ordonnateur. »
La 3e articulation de ce développement concerne l’élaboration des normes d’acquisition des ressources matérielles. Dans le cadre de la gestion des ressources matérielles, l’acquisition correspond à l’ensemble des activités susceptibles de permettre à l’organisation scolaire et universitaire d’avoir à sa disposition et de façon légale les biens et équipements nécessaires à son fonctionnement. L’acquisition peut être permanente, définitive ou provisoire. Elle peut se faire sous la forme d’achat, de dons ou de location. Toutefois, pour que l’acquisition soit satisfaisante, elle doit être précédée d’une série d’activités dont le but est de se fixer les critères précis et de convenir des règles sur le processus qui va de la demande à la livraison du matériel. Ceci passe par deux séries d’opération : les moyens d’acquisition et les sources de financement. La première concerne les activités telles que le choix de la qualité, l’élaboration des bons de commande, le choix du fournisseur, etc. La seconde opération s’intéresse à la provenance des fonds pour garantir la livraison du matériel commandé dans les délais raisonnables.
Dans le souci de prendre en compte l’influence de l’environnement sur l’élaboration des normes, les travaux de Lawrence et Lorsch (op. cit.), de même ceux de Mintzberg (op. cit.) reconnaissent tous l’importance de la relation entre l’entreprise et l’environnement . Ils montrent que plus l’environnement de l’entreprise est instable, plus la structure se différencie en sous-systèmes relativement autonomes, et que plus les unités sont différenciées, plus il y a besoin d’intégration pour coordonner les actions. Pour eux, l’âge, la taille de la structure, l’environnement de la structure, le pouvoir, le contexte économique, culturel et technologique dans lequel une organisation opère, conditionnent en grande partie son mode de fonctionnement. Ce point de vue est relayé par Woodward (1958), qui insiste sur l’impact de la technologie sur le degré de différentiation et d’intégration des entreprises. Mintzberg (2012) va renchérir lorsqu’il évoque l’influence du milieu externe dans la dynamique des organisations.
La portée de l’élaboration des normes s’illustre dans sa capacité à réglementer le fonctionnement de l’entreprise. Cette réglementation pour réussir se doit de tenir compte de quatre éléments essentiels.
Le 1er élément est l’environnement de l’entreprise. Prendre en compte les réalités environnementales dans l’élaboration des normes d’acquisition des ressources matérielles est une exigence nécessaire pour un approvisionnement optimal des ressources matérielles. Les différentes facettes à tenir en compte étant : l’environnement social, l’environnement culturel et l’environnement économique.
Le 2e élément est la qualité du matériel. La qualité s’examine aussi bien à travers la nature (marque) du bien à acquérir, que sous le prisme de la correspondance du matériel avec les besoins réels de l’entreprise. Il serait donc dérisoire d’acquérir un bien réputé mais qui ne peut être utilisé soit en raison de la non-qualification du personnel, ou alors de l’absence des facilités nécessaires à son utilisation. De même, il serait incongru d’acquérir un bien éphémère et non susceptible de résister aux épreuves de la fonction. Le choix de la qualité consiste aussi à faire une option en rapport avec le budget de l’institution. Elle suppose enfin la convenance du matériel à commander avec les attentes des consommateurs et du personnel en activité. Le choix de la qualité du matériel doit donc tenir compte des ressources de l’entreprise. Ce qui indique selon les cas, l’acquisition d’un équipement rentable à court, à moyen ou à long terme. Le but demeure celui d’un approvisionnement rationnel, c’est-à-dire à la fois conforme aux capacités de l’entreprise et aux objectifs à atteindre. Le choix de la qualité est facilité par une planification et une programmation prenant en compte les facteurs tels que : les coûts de possession des stocks, les coûts d’acquisition, la fluctuation des prix, les points des commandes, la qualité de service, la qualité économique, la connaissance des fournisseurs, les négociations de marché.
Le 3e élément est le délai de livraison. Le respect des délais de livraison des ressources matérielles est important pour un établissement scolaire. Les arrêtés interministériels définissant le calendrier de l’année scolaire donne un découpage correspondant à un contenu à enseigner. Les retards observés dans l’approvisionnement du matériel pouvant de fait constituer une entorse à la couverture qualitative des matières prévues dans une période donnée.
Le 4e élément est la durabilité des biens à fournir. Il s’agit d’intégrer effectivement le bien dans le patrimoine de l’entreprise afin de garantir sa pérennité. Il arrive souvent que des biens soient accordés aux établissements scolaires sans que les parties élaborent les normes sur le transfert de propriété. Aussi assiste-t-on souvent à des cas de détournement avec absence de preuve matérielle susceptible d’établir les responsabilités. C’est pourquoi les biens d’une organisation scolaire doivent non seulement pouvoir être tracés, mais aussi et surtout être référencés par les diligences d’un comptable matière.
En somme l’environnement de l’entreprise, la qualité du matériel à commander, les délais de livraison et la durabilité des biens à fournir constituent les quatre piliers sur lesquels devrait reposer une normalisation dans le cadre du processus d’approvisionnement des ressources matérielles au sein d’une organisation scolaire. Mais au-delà de l’élaboration des normes, une bonne identification des besoins et une bonne organisation des services en charge du matériel sont également nécessaires pour la prévision des ressources matérielles dans ces organisations. Bien que le respect de cette démarche ne soit pas toujours facile en zones rurales, il est souhaitable que des efforts soient fournis dans ce sens pour contribuer à l’amélioration du rendement scolaire.
Méthodologie de l’étude
L’étude use de l’approche qualitative focalisée sur la variable nominale, la statistique non paramétrique (statistique descriptive et statistique inferentielle) et l’analyse corrélationnelle. Post & Andrew (SD) définissent une recherche descriptive comme celle qui « cherche à articuler en une image cohérente la collection des faits qui se manifestent dans un objet d’étude. On cherche avant tout à donner une représentation exacte des événements sans essayer de les analyser ». La dimension descriptive de cette recherche s’est fait observer dans l’analyse des résultats obtenus. Ce travail s’inscrit dans la logique d’une recherche qualitative de nature descriptive et d’approche corrélationnelle.
Par ailleurs, l’étude s’est déroulée dans l’arrondissement de Yokadouma. Il s’agit d’une unité administrative située dans le département de la Boumba et Ngoko à l’Est du Cameroun, qui s’étend sur une superficie de 11 000 km2. L’arrondissement de Yokadouma a une carte scolaire étoffée et compte parmi les plus vastes Inspections d’Arrondissement de l’Education de Base de la République. La population d’étude est constituée de 72 directeurs d’écoles primaires publiques de l’arrondissement de Yokadouma. Le choix de cette population se justifie par le fait que la plupart des écoles de l’arrondissement de Yokadouma se trouvent en zones rurales et la qualité du rendement scolaire produit est différemment appréciée de tous. Pour déterminer l’échantillon, il a été fait recours à la technique d’échantillonnage aléatoire stratifiée qui a permis d’avoir un échantillon de 65 directeurs d’école. Pour ce qui est de l’instrument de collecte des données, le questionnaire a été utilisé et, comme technique de traitement des données, il a été fait recours au tri à plat qui, selon Ghiglion & Matalon (1991), consiste « pour toutes les valeurs de chaque variable, à indiquer le nombre de sujet qui présente cette valeur ». Quant à la méthode d’analyse des données, la nature corrélationnelle de cette nécessite une démarche précise. D’abord, la statistique descriptive permet d’interpréter les données présentées sous forme de tableaux. Ensuite, la statistique inférentielle sera utilisée pour la vérification des hypothèses. C’est dans cette logique que le test de Khi-carré ou Khi deux carrés (x2) de Yates servira à pour la vérification des hypothèses.
Présentation et interprétation des résultats
Il s’agit ici de vérifier les trois sous-hypothèses de l’étude.
– Vérification de la sous-hypothèse de recherche N° 1 : Influence de l’identification objective des besoins en ressources matérielles et la détermination des sources d’approvisionnement sur le rendement scolaire en zones rurales.
Tableau de contingence de HR1
VD : le rendement scolaire en zones rurales.

VI : L’identification objective des besoins en ressources matérielles et la détermination des sources d’approvisionnement Bon Moyen Faible Totaux marginaux
fo fe fo fe fo fe
Question 6 : Dans la détermination des besoins en ressources matérielles de votre établissement, prenez-vous en compte les besoins particuliers de chaque enseignant ? Toujours 4 2.30 4 3.07 2 4.61 10
Parfois 1 3.46 1 4.61 13 6.92 15
Rarement 5 2.04 3 6.46 13 9.69 21
Jamais 5 4.38 12 2.47 2 8.76 19
Totaux marginaux 15 20 30 65

– Vérification de la sous-hypothèse de recherche N° 2 : Influence de l’organisation judicieuse des services en charge des ressources matérielles sur le rendement scolaire en zones rurales.
Tableau de contingence de HR2
VD : le rendement scolaire en zones rurales.
VI : L’organisation judicieuse des services en charge des ressources matérielles Bon Moyen Faible Totaux marginaux
fo fe fo fe fo fe
Question 11 : Définissez-vous les responsabilités de chaque personnel dans la gestion des ressources matérielles ? Toujours 3 7 3 4 7 6 13
Parfois 2 9 3 4.30 9 6.46 14
Rarement 3 11 4 2.46 11 8.30 18
Jamais 7 3 10 6.15 3 9.23 20
Totaux marginaux 15 20 30 65

– Vérification de la sous-hypothèse de recherche N° 3 : Influence de l’élaboration méthodique des normes d’acquisition des ressources matérielles sur le rendement scolaire en zones rurales.
Tableau de contingence de HR3
VD : le rendement scolaire en zones rurales.
VI : L’élaboration des normes d’acquisition des ressources matérielles Bon Moyen Faible Totaux marginaux
fo fe fo fe fo fe
Question 19 : insistez-vous sur la qualité des ressources matérielles dans vos commandes? Toujours 3 2.53 2 3.38 6 3.38 11
Parfois 7 4.61 8 6.15 5 6.15 20
Rarement 3 5.30 8 7.07 12 7.07 23
Jamais 2 2.53 2 3.38 7 3.38 11
Totaux marginaux 15 20 30 65

Sources : données recueillies par l’auteur
– Récapitulatif des résultats
Ce point présente une vue panoramique des résultats de la recherche à travers le Tableau ci-après :
Tableau récapitulatif des résultats
HR Test α NDDL X2cal X2lu Comparaison Décision Conclusion CC CMC TS
SHR1 X2 0.05 6 51.93 12.59 x2 cal > x2lu Ha retenue Ho rejetée SHR1 confirmée 0.66 0.99 10%
SHR2 X2 0.05 6 22.91 12.59 x2 cal > x2lu Ha retenue Ho rejetée SHR2 confirmée 0.51 0.99 10%
SHR3 X2 0.05 6 15.97 12.59 x2 cal > x2lu Ha retenue Ho rejetée SHR3 confirmée 0.44 0.99 10%
Source : données recueillies par l’auteur
Le tableau ci-dessus montre que toutes les hypothèses de recherche ont été confirmées avec chaque fois un Coefficient de Contingence (CC), montrant une relation moyenne et un Taux de signification (TS) de 10 %. Les résultats de l’étude étant connus, il est important de les interpréter, de donner les implications de l’étude et d’en faire les recommandations.

1- Influence de l’identification objective des besoins et de la détermination des sources d’approvisionnement des ressources matérielle sur le rendement scolaire en zones rurales
Les ressources matérielles ne sont généralement disponibles dans les écoles primaires des zones rurales qu’au deuxième trimestre à travers la collecte des frais d’PEE, le paiement du crédit de fonctionnement et la distribution paquet minimum. L’arrivée tardive de ces ressources constitue une difficulté réelle dans la gestion de ces établissements. Les résultats confirment l’influence de l’identification objective des besoins en ressources matérielles et la détermination des sources d’approvisionnement sur le rendement scolaire en zones rurales. En effet, il incombe au chef d’établissement de cerner les besoins réels de ses services et d’envisager les sources d’approvisionnement possibles. Les sources alternatives d’approvisionnement, à l’instar de l’appui de la communauté éducative et l’auto-génération des ressources, peuvent assurer la sustentation de l’établissement en attente des ressources statutaires.
L’identification des besoins et la détermination des sources d’approvisionnement consistent pour le manager à mettre sur pied tous les outils de pilotages des organisations scolaires primaires. Dans un premier temps, il s’agit les institutions et des rencontres telles que : les Assemblées Générales de rentrée, le Conseil d’Ecole, l’Association des Parents d’Elèves et Enseignants (APEE), le Conseil des Maitres, le Conseil de Niveau, le Conseil de Classe, les réunions de concertation, le Bureau des Initiatives à Résultats Rapides (IRR), les amicales des enseignants, le gouvernement d’enfants (GE), le député junior (éventuellement), les clubs et brigades, les associations d’élèves. Dans un second temps, il s’agit les documents obligatoires du directeur d’école. On peut citer : le Projet d’Ecole, le Tableau de Bord et des indicateurs, le Plan d’Action, le Plan d’Aménagement de l’Ecole, le Plan d’Evaluation de l’Ecole, le Plan de Suivi des Activités, le Planning des Activités, les Rapports du directeur, les Notes d’Information Mensuelles.
Ces institutions et documents, s’ils existent, contribueront à l’identification des besoins en ressources matérielles et la détermination des sources d’approvisionnement. C’est dans ce sens qu’on admet que ces institutions et documents s’avèrent déterminant pour l’amélioration de la gestion des écoles, et par ricochet, du rendement scolaire. C’est ce que soutient Educlever (op. cit.) lorsqu’elle insiste à tous égards sur la nécessité de prendre en compte les catégories de besoins dans les conjectures en prévisions des périodes difficiles.

2- Influence de l’organisation judicieuse des services en charge du matériel sur le rendement scolaire en zones rurales.
L’organisation des services suppose une bonne répartition des tâches et une collaboration optimale du personnel dans la gestion des ressources matérielles. La responsabilité incombe au chef d’établissement qui organise ses services en fonction des aptitudes de ses collaborateurs conformément à l’instruction n° 07/B1/1464/MINEDUB/SG/DEMP du 22 Août 2014, portant application de certaines dispositions de l’Arrêté n° 367/B1/1464/MINEDUB/064/CF/MINFI du 19 septembre 2001 relative à l’organisation et au fonctionnement des établissements d’enseignement maternels et primaires. Ces textes accordent à l’organisation des services une place de choix dans le management des organisations.
Selon les théories classiques à l’origine de nombreuses formules et principes universels de gestion des aspects formels des organisations scolaires, les comportements à améliorer doivent s’appesantir sur l’aménagement de la structure du travail. Tout en respectant l’organigramme, chaque chef d’établissement doit en fonction des circonstances et des ressources disponibles, mettre du sien dans l’agencement des éléments constitutifs de ses services. Faisant ainsi allusion à des configurations pouvant mettre à contribution l’apport de chacun, et une bonne coopération dans l’exécution du travail. Il se remarque que les défaillances communément observées émanent pour la plupart des cas, d’une faille dans la structure des services. C’est une préoccupation majeure dans les écoles primaires des zones rurales. Quel que soit la catégorie et la taille de l’établissement, les principes directeurs de fonctionnement sont identiques.
La gestion d’une école primaire devrait davantage amener les chefs d’établissement à arborer les responsabilités qui sont celles d’un chef d’entreprise. Il s’agit de celles relatives à l’organisation des services, la détermination des conditions de stockage des ressources matériel, la définition des procédures de distribution et l’élaboration des normes d’utilisation du matériel. L’administration des établissements scolaires fut-elle en zones rurales, ne saurait faire fi des principes directeurs édictés par Fayol dans l’organisation administrative des organisations.

3- Influence de l’élaboration méthodique des normes d’acquisition des ressources matérielles sur le rendement scolaire en zones rurales.
Les exigences dites de normalisation consistent non seulement à insister sur les produits susceptibles de satisfaire les exigences de l’organisation, mais aussi et surtout à garantir un approvisionnement rationnel en ressources. C’est précisément ce qu’expliquent Katz et Kahn dans leur théorie des systèmes ouverts. Il s’agit de se dépouiller de la rigidité ambiante pour prendre en compte le contexte dans procédures d’acquisition des ressources. Agir ainsi constitue un revirement notable dans les habitudes en matière de gestion des établissements scolaires des zones rurales.
L’impact de l’élaboration des normes d’acquisition des ressources matérielles sur le rendement scolaire en zones rurales passe par la détermination des coûts, le choix de la qualité du matériel l’élaboration des commandes, le choix des fournisseurs, la détermination des moyens d’acquisition, la prise en compte des délais de livraison et la détermination des conditions de réception du matériel. Ces activités, si fréquentes qu’elles le sont dans la gestion, demeurent à parfaire en zones rurales.
De plus, l’élaboration des normes favorise l’acquisition à temps d’un matériel correspondant aux besoins réels de l’établissement. L’usage d’un matériel adéquat est sur le plan pédagogique, un atout pour assurer la couverture quantitative et qualitative des programmes, ce qui se répercute inéluctablement sur le processus enseignement apprentissage et sur le taux de réussite des élèves.
D’une manière générale, le tableau récapitulatif des résultats présente des coefficients de contingence décroissants ; ce qui est la conséquence logique des résultats obtenus. L’interprétation faite est que les influences respectives entre les sous-hypothèses et le rendement scolaire s’effritent progressivement. Dire que l’identification des besoins et la détermination des sources d’approvisionnement a plus d’influence sur le rendement scolaire ne devrait désormais n’être plus qu’une évidence. Il en est de même de l’élaboration des normes d’acquisition et de l’organisation des services en charge des ressources matérielles. Le gestionnaire des ressources matérielles devrait en tenir compte dans l’administration de son établissement.
Pour ce qui est des implications de l’étude, il en existe quatre. Sur le plan économique, l’étude impulse une dynamique pouvant amener les différentes parties prenantes de l’éducation à mobiliser des ressources nécessaires pour le bon fonctionnement des établissements scolaires. Sur le plan social, elle entraîne un engouement pour l’école en raison de l’amélioration du rendement scolaire. Il s’agit aussi de susciter une prise de conscience des acteurs sociaux sur l’importance du soutien matériel à apporter aux écoles. Sur le plan pédagogique, l’étude suggère l’amélioration de la qualité des enseignements. Sur le plan politique enfin, cette étude propose des reformes dans la configuration des structures de gestion des écoles. Il s’agit de la mise sur pied des mesures devant garantir l’acheminement dans les délais du paquet minimum dans les écoles. Pour un bon rendement scolaire, le politique doit actionner des leviers favorables à l’accélération des constructions et de l’équipement des infrastructures scolaires.
Conclusion
En dépit des efforts consentis à la fois par l’Etat du Cameroun et la communauté éducative, il appert que le rendement scolaire demeure insatisfaisant dans les zones rurales. Cet état des choses constitue un véritable challenge dans la mesure où le devenir d’une nation est largement tributaire de la qualité de l’éducation qu’elle accorde à la jeunesse. Au niveau de l’enseignement primaire, les difficultés observées sont notamment celles relatives l’incertitude dans la période d’allocation du crédit de fonctionnement, le retard dans la distribution du paquet minimum et l’absence dans nombre d’entre ; d’une structure devant assurer la sécurité du matériel existant dans la plupart d’écoles n’ayant pas de bloc administratif. Ces établissements n’ont aucune certitude quant à leur approvisionnement en matériels didactiques dès la rentrée scolaire. Pourtant, ce matériel est indispensable pour le démarrage effectif des enseignements. Le travail s’est efforcé à déterminer comment une bonne prévision des ressources matérielles à l’école peut avoir une incidence sur le rendement scolaire.
Le recours à la technique d’échantillonnage aléatoire stratifiée a aidé à obtenir un échantillon représentatif de 65 individus. La collecte des données en vue de la vérification de ces hypothèses s’est déroulée dans les Ecoles Primaires Publiques de l’arrondissement de Yokadouma, où il a été recueilli l’avis des directeurs d’école sur la question. Les données obtenues ont été analysées à l’aide de la statistique inférentielle. L’issue de cette phase a conduit à la validation de trois sous-hypothèses de recherche, avec un coefficient de contingence moyen et un taux de signification de 10 %. Principalement, deux raisons ont pu être relevées sur l’origine des manquements observés en matière de prévision des ressources matérielles dans les écoles. D’abord, les chefs d’établissement, pour la plupart, ne sont ni formés, ni recyclés sur l’administration des établissements scolaires. La conséquence étant, l’inobservation des techniques et des normes standards de prévision. La deuxième raison tient de l’absence dans bon nombre d’établissements d’un bloc administratif devant faciliter la gestion des ressources matérielles, et de l’inexistence dans la grande majorité des écoles, des outils de pilotage prévus par la réglementation en vigueur. Toutefois, il s’observe que dans les établissements où ces outils existent, des efforts restent à fournir quant à leur mise en œuvre effective. Ce qui ne favorise guère le bon déroulement des activités, et de surcroit, affecte l’efficacité de l’organisation. En parvenant à la conclusion selon laquelle le rendement scolaire est effectivement influencé par une bonne prévision des ressources matérielles, la présente étude est une dénonciation des pratiques qui conduisent à la mauvaise gestion des ressources matérielles. En fait, les enquêtes menées sur le terrain ont révélé que la prévision des ressources matérielles est inexistante dans la plupart des écoles primaires des zones rurales. Ceci s’explique par des manquements observés en termes d’identification objective des besoins, d’organisation judicieuse des services en charge du matériel et d’élaboration méthodique des normes d’acquisition. Pour y remédier, les principales recommandations de cette étude consistent à renforcer la qualification des chefs d’établissement et à promouvoir la prévision des ressources matérielles à travers la construction des blocs administratifs équipés de magasins dans tous les établissements scolaires. Ces mesures essentielles sont de nature à améliorer le rendement scolaire dans les écoles primaires publiques du Cameroun.
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